Alors, sans autre transition, il sentit en son âme la colère des amants congédiés.

—Que t'ai-je fait? Trouves-tu que je ne t'ai pas aimée d'un amour assez insatiable? Voyons, tu sais bien que je t'appartiens: souviens-toi du pacte! Veux-tu que je t'appelle parjure? Es-tu femme, tout de même! Femme, mais madone, et je n'ai pas d'injures assez métaphysiques pour t'atteindre. Cependant, n'abuse pas de ta virginité, tu te ferais dire des choses désagréables. Tiens, nous allons transiger: prends-moi comme orphelin. Après nous verrons.

Indifférente comme une madone, la Novella le regardait toujours.

«Ah! songea Guido, elle est inflexible. Son cœur est un décret éternel. Je raille celle qui était avant le Temps, quelle stupidité! et je m'abîme en des sarcasmes blasphématoires que son fils me comptera un jour. La passion m'égare, mais la passion avant tout.

—Novella! madone adorée, écoute-moi. D'autres fois, tu fus plus clémente. Je t'en prie, parle-moi, fais-moi un sourire. Non? Rien? Ah! que je suis abandonné! Songe que je n'ai que toi. La ville blanche éparse à tes pieds divins, la mer bleue, ta sœur immortellement mourante, le firmament moins pur que ton âme inviolée, les roses qui sont le parfum de ta pensée très chaste, tout ce qui est charmant dans la nature, je l'aime comme une émanation de toi, comme un perpétuel mois de Marie Ah! je te réciterai le rosaire de mes douleurs, et je me crucifierai à la fin pour te plaire! Tu devrais au moins me savoir gré de ma réserve: quand tu es venue me voir, n'ai-je pas été convenable? Pourtant, tu m'aimais ce jour-là, et si j'avais bien insisté, ô Vierge permanente?…

Que tu es belle! Ah! beauté thaumaturge, beauté tabernaculaire! Ah! ce n'est pas en vain que l'Infini a résidé dans ton sein: ton sourire en est imprégné à jamais. Mais tu ne veux plus sourire…

Par pitié! sois réconfortante, puisque c'est écrit dans tes antiennes. Vas-tu, maintenant, encourager le scepticisme? Si tu es vraiment la consolatrice des affligés, prouve-le, car je suis plein d'affliction. Oui, je sens que c'est un raisonnement misérable: tu fais ce que tu veux et ta grâce auxiliatrice n'est dévolue qu'aux bonnes volontés. Je raisonne trop. Ce n'est pas ainsi que l'on touche le cœur d'une femme, ô femme entre toutes les femmes, n'est-ce pas?

Avant de mourir, je voudrais, néanmoins, te rappeler encore ceci: «Souviens-toi qu'on ne t'a jamais implorée inutilement!» Si tu n'as pas de condescendance pour mon amour, aies-en pour ma folie. Ne t'aperçois-tu pas que je divagues, et à quel point. Que veux-tu, c'est comme ça quand on aime!

Ainsi, nous allons nous quitter…

Ah! pourpres virginaux! sidérales aurores! Ah! matinées précoces et tardives tendresses! Illusoire univers, va-t'en, Satan honteux qui gêne mes caresses! Elle a souri! Encore, encore! Elle m'ouvre ses bras! Ah! Dieu! est-ce possible? Oui, je savais bien. Ah! théurgie des mots, rien n'est fermé aux incantations verbales. A quoi tient le bonheur?