XXXVII.—L'ADORANT

VI.—MEMORARE

«Memorare, pia Virgo, non esse auditum a sæculo quemquam ad tua currentem præsidia, tua implorantem auxilia, tua petentem suffragia, a te esse derelictum.» SAINT BERNARD

—Seigneur, seigneur, chut! écoutez! fit Veltro pendant la montée de l'escalier de la Tour. N'allez pas me vendre surtout! Je crois bien qu'on intercède pour vous, car l'affaire était vilaine, si je m'y connais. Demain, seigneur, demain, entendez-vous l'ordre viendra de vous ouvrir les portes, je le sais, mais chut!

—Comment? interrogea Guido tout tremblant, demain je serai libre?

—Oui, seigneur, mais en voilà assez sur ce sujet. Seulement, je crois que votre seigneurerie doit un présent à notre sainte madone. Elle a récompensé votre dévotion, elle a intercédé; c'est elle, je suis sûr que c'est elle…

—Merci, Veltro, tu es un brave homme. Les premiers ducats qui me seront restitués seront pour la Novella, les second pour toi.

Il se hâtait vers l'accoutumée vision, mais ses jambes ployaient, ses mains glissaient sur la corde d'appui, son cœur battait comme l'éternelle horloge, il lui fallut l'effort d'une suprême volonté pour vaincre l'éblouissement, gravir les dernières marches, aller tomber à genoux près de la balustrade.

Là, plein d'angoisses, étourdi par le soudain roulis qui secouait la Tour, comme un navire au milieu de l'orage, il se sentit défaillir, puis ses yeux se troublèrent, il pleura.

Indifférente comme une madone, la Novella le regardait pleurer.