FIGURE DE RÊVE

SÉQUENCE

La très chère aux yeux clairs apparaît sous la lune,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.
La lumière bleuie par les brumes cendrait
D'une poussière aérienne
Son front fleuri d'étoiles, et sa légère chevelure
Flottait dans l'air derrière ses pas légers:
La chimère dormait au fond de ses prunelles.
Sur la chair nue et frêle de son cou,
Les stellaires sourires d'un rosaire de perles
Etageaient les reflets de leurs pâles éclairs. Ses poignets
Avaient des bracelets tout pareils; et sa tête,
La couronne incrustée des sept pierres mystiques
Dont les flammes transpercent le cœur comme des glaives,
Sous la lune éphémère et mère des beaux rêves.

Il signa, avec la date, ajouta plus bas, en envoi: A Madame Sixtine Magne. Pour s'éviter toute réflexion de ce genre: l'enverrai-je, ne l'enverrai-je pas? ayant libellé une adresse, apposé un timbre sur l'enveloppe, il la fit immédiatement porter à la poste.

Enfin, voulant se récréer en gagnant l'heure du repos, il se répéta une histoire, dont M. de B…, les avait amusés, un soir, chez la comtesse,—une histoire toute nue, comme il convient à une telle babiole,—comme pourraient en écrire ceux dont l'occasionnelle simplicité n'a pas pour cause l'indigence vocabulaire et l'infécondité imaginative.

VII.—MARCELLE ET MARCELINE

CONTE DANS LE GENRE DE «CENDRILLON», MAIS PLUS MODERNE

«Ni vers, ni prose; point de grands mots, point de brillans, point de rimes; un ton naïf m'accomode mieux: en un mot, un récit sans façon et comme on parle.»

Mme D'AULNAY, l'Adroite Princesse.

Il y avait une fois un gentilhomme qui se remaria avec une femme du plus mauvais cœur qu'il fut possible de voir. Il en eut une fille qui ressemblait à sa mère et toutes deux bientôt tyrannisèrent la maison, car ce gentilhomme les aimait, leur passait toutes leurs volontés. La fille surtout en profitait pour faire mille misères à sa sœur du premier lit, dont l'aînesse lui semblait un vol sur ses droits d'enfant gâté. L'une s'appelait Marcelle et l'autre Marceline. La méchante Marcelle haïssait sa sœur, mais la bonne Marceline le lui rendait bien. Cependant comme son père, par pure bonté d'âme, et pour avoir la paix dans le ménage, prenait toujours le parti de Marcelle, Marceline apprit à souffrir.