Au milieu de la plus grande animation du bal, Marcelle disparut sans que personne y prît garde, si ce n'est les hommes entre eux et les femmes derrière leur éventail; quelques jeunes filles rougirent; d'autres, méditatives suivaient des yeux la fuyante traîne de soie blanche. La toilette de la mariée, son attitude, les moindres paroles qu'elle avait prononcées depuis le sacrement, d'une voix bien distraite, ses larmes, ses sourires, ses baisers, tout cela fut passé en revue. Les vieilles femmes, craignant le ridicule, dissimulaient l'émotion des lointains souvenirs; les jeunes cherchaient dans la foule les regards de leurs maris.
Lélian monta d'un pas ferme et rapide. Il vit les deux portes voisines.
L'une était fermée; l'autre était entr'ouverte: il la poussa et entra.
Sans bruit et avec une diabolique adresse, Marceline tourna la clef et
poussa le verrou.
Au matin, et comme cela avait été convenu, avant le lever de la maison,
Lélian emmena Marcelle. Un carrosse les attendait, attelé en poste.
Après le voyage de noces, qui fut court, pour la bien naturelle impatience des nouveaux mariés à s'installer chez eux, ils habitèrent le château de Lélian.
Comme les deux domaines se touchaient, pour ainsi dire, Marcelle put retrouver quelque bonheur près de ses parents et de sa sœur qu'elle avait cessé de haïr. Le malheur amollit certaines fiertés et Marcelle, qui se promettait des joies sans nombre, s'était trouvée, comme il arrive, la plus infortunée femme du monde.
Instruite par l'expérience, Marceline refusa de se marier. Quand on lui parle du misérable état de vieille fille, elle sourit et demande:
«Voyons, en êtes-vous certains que je sois une vieille fille?»
Alors, il faut bien convenir qu'une sorte de beauté s'est épanouie en la noire Marceline, et qu'elle est devenue presque laide, la blanche Marcelle.
Je crois que Marceline était fée, mais cela n'est pas bien sûr.