—Ah! Au-dessus du portail, voulez-vous dire? C'est la Novella, seigneur, répondit Veltro, en se découvrant au prononcé de ce nom, une bienheureuse et bénévolente madone. On ne la voit guère bien d'en bas, la rue est trop étroite, mais on sait qu'elle est là, et cela suffit.
—Quelle agréable femme! reprit Guido. O Novella! protégez-moi et aimez-moi!
Il s'agenouilla, baissant le front, et quand il se redressa aux derniers mots du suppliant ave, la Novella souriait pleine de grâce et de tendresse.
—Ainsi vous acceptez ma prière? Merci, madone! Daignez me recevoir comme votre fidèle, que toutes mes respirations soient des hommages à votre immaculée tendresse, à votre souveraine grâce. Ouvrez votre complaisance à l'irrévocable don de ma vie: que je sois à vous comme la pupille à l'œil qui la meut selon l'esclavage de son gré. Foulez-moi du poids béni des adorables pieds qui écrasèrent le serpent! Que, pour l'amour de vous, ma chair soit desséchée, mes os brisés, mon sang répandu. Ah! je vous aime, O Novella! bienheureuse et bénévolente madone.
La madone accepta le pacte: un signe marqua sa volonté, son choix et son plaisir: par trois fois ses paupières s'abaissèrent sur ses yeux et par trois fois se relevèrent. Puis la nuit tomba et il parut à Guido qu'un très notable miracle avait quelques instants suspendu le soleil au bord de l'horizon.
«Il est coupable, bien coupable, se disait alors Veltro, mais il a de la piété, il regrette ses crimes, que la madone l'entende!»
—Écoutez-moi, seigneur, ajouta le geôlier, et sachez qu'il n'y a de meilleur recours au monde que d'implorer la Novella. Ce n'est pas pour rien allez qu'on la nomme la Madone des Orphelins! Ses bras sont tout grands ouverts et elle ne porte pas le Bambin parce que celle-là, toutes les créatures de Dieu sont ses enfants. C'est la seule, à ma connaissance du moins. Santa Madonna degli Orfani, ora pro nobis.
Depuis deux mois que la Novella était l'occulte maîtresse de Guido, elle ne lui avait donné que des joies, de charmantes et adorables joies. Il l'aimait et elle souriait à son amour. A peine si, tel ou tel jour un nuage léger avait cendré le front pur ou les yeux clairs de la bien-aimée. Il aimait, et tout à son culte, se sentait aimé. Craintive d'abord, sa tendresse maintenant osait. Le doux, mais éternel sourire, ne lui suffisait plus; l'amant sentait naître en son cœur la hardiesse de la passion, comme une rose prisonnière que la sève incite à jeter au grand jour le trésor vivant de sa pourpre. L'heure approchait où le timide adorant allait demander à la muette adorée quelques preuves, oh! les moindres, de l'adoration partagée, l'heure approchait, l'heure du dialogue, l'heure spirituelle qui tient par la main sa sœur,—l'heure aux yeux sérieux et tendres, l'heure aux sanglantes caresses, l'heure charnelle.
La journée sans lumière qu'il passa sous le martellement de l'impitoyable horloge, fut d'autant plus pénible à Guido, qu'il l'avait choisie pour les définitives interrogations. Comme les autres, comme tous les amants, il voulait savoir à quoi s'en tenir, quand il est si simple d'ordonner soi-même les demandes et les réponses: mais c'est peut-être ce qu'il fit, et que faire autre chose?
Veltro s'expliqua. C'était la fête de San Gaetano, le pays de sa femme, à deux lieues de Naples. Il avait eu permission, était parti, comme un étourdi, sans prévenir le valet chargé du service. Le seigneur prisonnier voudrait bien lui pardonner?