«Puisqu'il est trop tard et que la joie du tête-à-tête m'échappe, nous sortirons donc ensemble. Je ne serai pas fâché de causer un peu avec ce Russe et s'il doit être mon rival, d'en connaître la qualité, du moins je saurai à qui je cède la place.»
C'était un enfant.
—N'est-ce pas qu'elle est charmante et adorable, vraiment?
«Ah! des confidences? se dit Entragues. Ceci est excellent. Il est de ceux dont le cœur déborde sous le sentiment comme un ruisseau sous une pluie d'orage et il va me conter sa vie. Parfait. Je me sens des curiosités méchantes. Comme je vais jouir!»
Il eut un petit frémissement de joie, et ses doigts se tordirent dans un accès de nervosité.
—N'est-ce pas? répéta le Russe.
—Vous parlez de Mme Magne? Je ne la connais que depuis peu. Elle a de l'esprit.
—On voit bien, reprit Moscowitch, que sa beauté, sa grâce, son charme n'ont pas fait une bien vive impression sur vous. C'est surprenant.
—Pourquoi donc? Toutes les sympathies d'un milieu ne vont pas nécessairement à la même femme, fût-elle d'une beauté et d'une intelligence aspasiennes. Le charme qui vous a séduit n'existe pas pour moi, ou n'existe qu'à un degré moindre, voilà tout.
—Ah! vous raisonnez comme un très sage Français. Quant à moi, je me crois tout à fait incapable de raisonner sur ce point.