A une femme, quelle femme! à une infidèle, quelle infidèle! à une esclave, j'ai livré mon corps régénéré par la condescendance de tes regards, lavé par tes larmes, purifié par ton sourire, comme un haillon scabieux par les ruissellements des sources et les rayonnements du soleil.
Tu m'as châtié, madone, mais dois-je me plaindre, puisque moi-même je t'avais supplié de lever la verge sur mes épaules? Tu m'as bien châtié, merci… Non, ma Novella je vous aime trop pour être lâche, je vous hais maintenant, impure et parjure Vierge!
Songe que je t'aimais pour ton immaculée candeur, et que ta peau virginale s'est maculée d'ineffaçables taches…
—Il n'y paraît plus, dit la Vierge, j'ai une robe neuve.
—Monseigneur, dit Veltro, en saluant le prisonnier, la cérémonie s'achève, il faut rentrer. J'ai pris sur moi d'allonger un peu les minutes, mais la consigne, seigneur, la consigne… C'est une belle fête, tout de même que le couronnement d'une madone. La Novella, on la couronne tous les ans, à l'Assomption, et on lui change, par la même occasion, sa robe rouge: c'est l'usage. De la vieille, on habille des petites pauvresses, oh! ce qu'elles sont fières, les coquines; enfin, c'est l'usage, quoi!
—Encore un instant, Veltro, je vous prie, mon ami?
Depuis qu'ayant levé les yeux, Della Preda voyait face à face la Novella, radieuse en sa pourpre neuve et sans le voile d'aucun nuage, son angoisse s'apaisait et son effarement. Il ne ressentait plus que le trouble qui suit les mauvais rêves, comme une persistante odeur, mais voilà que, soudain, sonna sous son front la sensation du blasphème: ce fut obscur et violent: il s'évanouit et Veltro le prit dans ses bras.
XXIV.—LA COULEUR DU MARIAGE
«Le mari dotal doit à sa femme
trois nuits par mois.»
Lois attiques, liv. VIe, titre 1er, art. 14.