Il aurait bien voulu, pourtant, donner quelques jours à la méditation. Il avait une question à résoudre: «M'aime-t-elle?»
«Nous ne nous reverrons pas à Carentan, c'est décidé. D'ailleurs, c'était absurde. Quelle localité pour l'amour! Sa défaillance fut de la répugnance pour le milieu. Cela prouve sa délicatesse. Et puis les femmes manquent d'imagination. A moi, tout est palais, la femme que j'adore illuminerait un taudis.... M'aime-t-elle?»
Mais il eut beau se répéter la question, il ne trouvait pas la réponse.
«Que je suis sot! Je le verrai bien la prochaine fois. Moi, je l'aime toujours. Elle est belle, elle est obéissante.... Mais est-ce le but de ma vie? Si on me la donnait en toute propriété?»
A cette question-là, non plus, il ne trouvait pas de réponse.
Hortense, au même moment, dans son ancienne chambre de jeune fille, s'endormait en soupirant:
«O mon rêve, mon beau rêve!»
[XVI]
Quand Léonor arriva à Robinvast, Rose et son père, assis dans le jardin, lisaient chacun une lettre. Rose, de temps en temps, levait les yeux et regardait les arbres; M. des Boys, entre deux phrases, considérait sa fille. Depuis quinze jours elle était pâle, triste, de mauvaise humeur, et ce père distrait, mais tendre, s'était inquiété. Que se passait-il donc entre ces fiancés de la veille? Mais M. des Boys n'eût jamais osé interroger sa fille. Il attendait une confidence, tout en sachant bien qu'elle ne viendrait jamais, et Rose, de son côté, s'affligeait de garder dans son cœur des peines qui l'étouffaient. Ces deux êtres, timides et secrets l'un pour l'autre, seraient demeurés ainsi pendant des années sans se résoudre aux paroles qui les auraient consolés.