Rose lisait de son côté:

«... mais j'ai été très malade depuis mon arrivée ici. Je ne sais quelle fièvre, due peut-être aux délicieuses excitations de mon cœur. Une grande dépression s'en est suivie et j'éprouve maintenant une inquiétante lassitude. Hélas! la conclusion est triste: il faut retarder notre mariage. Ma douleur est infinie à écrire cela: mais je me demande quand il sera possible? Le sera-t-il jamais? Non, je ne veux pas me demander cela. Cela serait affreux! Je vous aime tant! Avec quel bonheur je refais nos tendres promenades dans le bois de Robinvast! Si je fus trop audacieux, vous me le pardonnez, n'est-ce pas, en faveur de la force de mon amour....»

Il y en avait très long sur ce ton, et une femme moins inexpérimentée que Rose eût senti l'artifice de cette éloquence amoureuse. Pas un mot, certes, ne venait du cœur. M. Hervart, qui n'était pas méchant, avait posé tout d'abord le principe de sa maladie, et il comptait en tirer, en graduant les déceptions, toutes les conséquences logiques. Au besoin, s'était-il dit, Bouret m'aidera. M. Hervart, homme du dernier moment et de la sensation présente, ne pensait plus à Rose que comme on pense à un ami malade, dont on souhaite la guérison, certes, mais sans angoisse. Pourtant, la fatuité nécessaire aux mâles lui affirmait qu'il n'était pas oublié; il se flattait d'avoir laissé au cœur de la jeune fille une blessure qui ne guérirait jamais tout à fait, et il éprouvait presque du remords. Il eût consenti à un sacrifice pour jouir de la paix complète des égoïstes, il eût permis à Rose, non pas l'oubli, mais la résignation mélancolique.

«Pauvre enfant!... Mais cela devait arriver. Enfin, j'espère qu'elle ne sera pas trop malheureuse!

La lecture de la lettre de M. Hervart laissa Rose triste et charmée:

«Oh! comme il m'aime! O mon cher Xavier, tu es donc malade?»

Et elle songeait au destin cruel des fiancées:

«Il souffre, et je ne puis aller le consoler!»

Elle se tournait vers son père, quand il se leva pour aller au devant de Léonor. Ce fut devant le jeune homme, et sans prendre garde à lui, qu'elle donna des nouvelles de M. Hervart:

—Il est malade, il a eu un accès de fièvre....