On avait eu plusieurs fois des nouvelles de M. Hervart par les journaux, car ses remaniements au Louvre lui attiraient les épigrammes de la presse, mais lui-même gardait le silence. Devant cette attitude M. des Boys avait résolu de se taire, de laisser le temps faire son œuvre. Plus tard, quand il ne resterait plus au cœur de Rose devenue jeune femme aucun dangereux souvenir de ses amours passées, il lui confierait la vérité, en souriant.
Un jour, Léonor, monté sur une échelle, laissa tomber un carnet d'où il s'échappa un flot de papiers, des bouts de croquis, des factures, des lettres, des cartes postales illustrées. Rose les rassemblait, sans y jeter que les regards les plus discrets, lorsque le château de Martinvast attira son œil. Elle trouva au bas du donjon les «tendres baisers» de M. Hervart. Brusquement le sang aux yeux, elle retourna la carte, elle lut: «Mademoiselle Gratienne Lebœuf, rue du Havre, à Honfleur.» Elle leva la tête, Léonor n'avait pas l'air de s'être aperçu de l'incident, et, d'un geste vif, elle plia l'image et la glissa dans son corsage.
—Monsieur Léonor, votre portefeuille est tombé.
Léonor descendit de son échelle, remercia, cependant que Rose s'éloignait. Quand elle eut disparu, il constata avec joie qu'elle avait volé le château de Martinvast, puis, sifflant, remonta vers ses maçons.
Arrivée dans sa chambre, Rose s'assit en tremblant.
«Je me suis trompée, se disait-elle. Ce n'est pas possible. Et comment cela serait-il entre les mains de Léonor?»
Elle tira l'image de sa cachette, la déplia vite et la regarda en tremblant.
«C'est bien son écriture.»
Elle doutait encore.
«Voyons la date.»