—C'est fini.
—Vous serez heureuse, le jour où vous rencontrerez celui qui vous aimera vraiment, avec toutes les forces d'un cœur ardent et dévoué.
—Ne parlons pas de ces choses-là. Cela me fait mal.
—Je vous obéis. Je me tais, mais pas avant de vous avoir dit que ce cœur, c'est le mien.
Rose le regarda avec des yeux étonnés. Elle semblait ne pas comprendre. Léonor, très ému, se leva, s'avança vers elle et dit, à mi-voix:
—Rose, je vous aime.
Rose, à ce mot, sursauta, et comme Léonor voulait lui prendre la main, elle se leva et s'enfuit, en criant:
—Non, non, non, non!
«Que j'ai été maladroit, se disait Léonor, demeuré seul. Est-ce que l'on déclare son amour? Me voilà au niveau des plus bas héros de romans. Qu'est-ce que l'amour qui ne rapproche pas les mains, sitôt que les yeux se sont rencontrés? Déclarer son amour! Dire: J'ai chaud! à une femme qui a froid. Qu'est-ce que cela peut lui faire? Les paroles ont de l'éloquence, quand les oreilles les attendent. Sinon, elles sonnent faux. Elles n'inclinent que les cœurs qui ont déjà abdiqué leur volonté.»
Léonor aimait Rose très sincèrement. Aussi, fut-il fort malheureux. Il croyait se rendre compte, d'ailleurs, que M. Hervart était déjà tout pardonné. Rose n'attendait pour se redonner à lui qu'un acte d'humilité.