Mais un raisonnement très logique le rassurait:
«Ou j'en veux, ou je n'en veux pas faire ma femme: or, dans un cas comme dans l'autre, je dois la respecter.... C'est évident. N'étant ni un sot, ni un malhonnête homme, je n'ai rien à craindre de moi-même. L'instinct civilisé dominera nécessairement l'instinct naturel: je suis très civilisé....»
Ils étaient vêtus légèrement. Le bras qu'il serrait brûlait sa chair.
«Hélas! en amour, on n'est sûr de rien, sûr de personne, de soi-même, moins que de tout autre. Que suis-je, aux mains du désir? Et il faut qu'en même temps que les miens j'endorme les nerfs surexcités de cette petite! Les nerfs? Non, le sentiment. Mais le sentiment mène à tout.... Que je suis ridicule avec mes dissertations intérieures! Je me gâte de délicieuses minutes....»
Une maison comme toutes les autres, une porte cochère, une voûte: on est dans un grand jardin où se gonflent, parmi les palmiers, l'éclat et le parfum d'une flore exotique. Ils furent plus troublés encore que par les odeurs connues, les couleurs accoutumées du bois sauvage de Robinvast. Dans cette oasis paradoxale, l'air, maintenu immobile par la hauteur des murailles, était lourd et fiévreux. Des effluves presque charnels sortaient des fleurs en amour....
«Quel alcôve pour des soirs de caresses!...» songea M. Hervart.
Il ne pensait pas à Rose; son imagination appelait Gratienne, qui était voluptueuse. Il éteignit le soleil, alluma des globes lointains et doux, puis, ayant jeté des coussins de soie rouge sur ce gazon, où un magnolia venait de laisser tomber une de ses fleurs prodigieuses il y coucha nue sa maîtresse.... Son délire augmenta: il se mit à genoux et, penché sur la beauté impatiente de son amie, il la couvrait de baisers et des plus tendres adorations.
—Ce jardin me rend fou! dit M. Hervart, à haute voix.
Le songe fut dissipé.
—Voici la tour, dit Rose, montons. Il y fera frais.