«Mais, songeait-il, il le faut. Je l'aime, et ces jeux innocents sont trop pernicieux. M'en aller? C'est me condamner à une solitude désolée ou à des consolations amères. L'épouser? Soit, mais ce n'est pas demain, et nous sommes trop frémissants pour être patients. Et puis, retrouverions-nous les moments qu'un désir secret nous ménage? Et si, fiancés, le sentimentalisme traditionnel allait nous soumettre à son protocole? Non, enfants de cette terre qui nous prépare son sein, soyons des paysans. Comme eux, aimons d'abord, au hasard des sentiers et, sûrs du consentement de notre chair, nous prendrons à témoin les hommes.»

Il cherchait toujours, et il trouvait, mais quand il avait trouvé, il cherchait encore, car il avait honte de sa lâcheté.

«Et, se répondait-il, s'il faut être lâche pour être heureux? Quoi, je me soumettrais aux préjugés, au moment que la vie envoie sous mes lèvres une vierge qui les ignore? J'aurai le courage de ma lâcheté.»

Peu à peu, il regarda d'un œil plus distrait les tapis de feuilles. Son imagination revenait avec complaisance aux délices de la minute précédente, et il souhaita appuyer encore une fois sa main tremblante sur le sein gonflé de Rose, cependant qu'il boirait son haleine et sa salive.

«Car tel est l'amour que de nos muqueuses il coule une manne plus douce et plus nourrissante que le lait des mamelles maternelles!»

M. Hervart retrouvait tout son aplomb. Il conclut:

«Bien curieuse aventure et qui augmente le trésor de ma science et celui de mes plaisirs.»

Rose, sentant la pression de ses doigts, osa enfin le regarder. Il souriait. Elle fut contente.

—Vous ne me quitterez pas? dit-elle. Promettez-le-moi. Quand nous serons mariés, nous demeurerons où vous voudrez, mais, d'ici là, je vous veux près de moi, dans ma maison, dans mon jardin, dans mes bois, dans mes champs, sur nos roules. Comprenez-vous?

—Enfant, je vous aime et je comprends que vous m'aimez aussi....