—Je vous appartiens, Rose, de tout mon cœur....

—Vous étiez distrait, il y a un instant?

—Les premiers mouvements de mon bonheur....

—Oh! Vous avez eu bien des bonheurs, depuis que vous existez, Xavier, vous en avez donné, vous en avez reçu....

—J'ai vécu, dit M. Hervart.

—Oui, et moi je suis une jeune fille de vingt ans.

—Avoir vingt ans!

—Si vous aviez vingt ans, je ne vous aimerais pas.

M. Hervart ne répondit que par un sourire qu'il fit le plus jeune possible, le plus délicat. Il savait bien ce qu'il aurait voulu dire, mais il sentait qu'il ne le dirait pas. D'ailleurs, il se demandait si Rose et lui-même parlaient la même langue.

«Cette conversation doit être absurde. Je lui dis que je désire qu'elle m'abandonne son corps, et elle me répond sans doute qu'elle m'a donné son cœur. Evidemment, elle n'a aucune idée de ce qui pourrait se passer entre nous.... Ces menues privautés, qu'est-ce que cela pour elle? Des marques d'affection.... Pourtant, n'y avait-il pas de la volupté dans ses gestes, dans ses baisers, dans ses yeux? Son corps n'a-t-il pas tremblé sous mes lèvres impérieuses? Oui, elle connaît l'amour! Quel enfantillage! Pourtant, avec beaucoup d'adresse....»