—Vous verrez, ou plutôt vous goûterez, et vous comprendrez. Je vous souhaite à tous une magicienne comme Mme des Boys.

—C'est vrai, dit M. Hervart, qui comprit enfin, elle a le génie de la cuisine. Les dîners qu'elle a surveillés sont des magistères.

—Tu t'en apercevras, quand tu seras de retour à Paris.

—Oui, car ici je prends mes vacances, dit M. Hervart, heureux de cette marque de confiance.

Il ajouta même, pour prévenir mieux encore les soupçons possibles:

—Les vacances de l'amour ne vont pas sans quelque mélancolie.

Rose s'était amusée beaucoup, mais depuis que son père avait pris la parole, elle n'écoutait plus. Léonor, satisfait d'avoir eu de l'esprit, et daignant de n'en plus retrouver, s'était levé et se promenait dans le jardin. Rose le regardait. La vue de ce jeune animal l'intéressait. Il était sorti de cette tête de si curieuses paroles sur l'amour! Ainsi l'amour était un exercice comme le tennis, la bicyclette ou l'équitation! L'amour était un sport! Quelle révélation! Et les images les plus singulières se formaient dans son esprit, cependant qu'elle suivait des yeux la silhouette maintenant lointaine du jeune homme ingénieux et décisif.

«Comment joue-t-on à l'amour, au vrai amour? Xavier ne m'apprend rien. Il sait tout pourtant, il en sait sans doute bien plus encore que ce Léonor, mais il se garde bien de m'instruire, me traite comme une petite fille, tout en se moquant de mon innocence. Oh! sa moquerie est bien douce, car il m'aime beaucoup, mais il abuse tout de même un peu de sa supériorité. Un sport, un sport....»

Elle sortit du massif d'arbres verts et alla s'asseoir sur un vieux banc de pierre, dans un coin à l'écart, mais d'où elle pouvait surveiller, par des coulées entre les arbres, tout ce qui se passait aux alentours. Elle aimait ce coin où elle avait rêvé d'entières matinées, avant l'arrivée de M. Hervart. Elle riait maintenant de la puérilité de ces rêves.

«Il me semblait, songeait-elle, que les branches allaient s'écarter, laissant paraître un jeune cavalier beau comme le jour.... Sans rien dire il poussait son cheval jusque près de moi, se penchait, m'enlevait, me couchait sur sa selle, et nous partions. C'était un galop fou, interminable, où je finissais par m'endormir, et, en effet, je me réveillais comme d'un sommeil, et pourtant je n'avais pas dormi. Il ne se passait rien qu'une chevauchée muette dans l'air bleu, et pourtant, en revenant à moi, j'étais lasse.... Que de fois j'ai fait ce rêve, que de fois j'ai vu les touffes des lilas se tasser pour faire place à mon beau cavalier et à son cheval noir.... Le cheval était toujours noir. Je me souviens peu de la figure du Persée qui me délivrait, pour quelques heures, de l'esclavage de mon ennui.... Un sport? Mais c'était un sport, cela! Que faisait-il de son Andromède, mon Persée? Je n'ai jamais pu le savoir. Que font les Persées de leurs Andromèdes?»