Pareille à un musicien de village qui entendrait discuter contrepoint ou orchestration, Rose écoutait, un peu inquiète, un peu colère, et pourtant charmée. On parlait de ce qui lui remplissait le cœur, de ce qui tendait ses nerfs; elle ne comprenait pas, elle sentait. Elle aurait voulu comprendre.
«Xavier m'expliquera tout cela. J'ai l'air d'une sotte au milieu de ces discours où je ne puis placer un mot.»
Elle feignit de désirer une rose trop haute pour sa main. M. Hervart se précipita, atteignit la fleur, se mit à dépouiller la branche de ses épines, de son excès de bois et de feuilles.
—Ce n'est pas celle que je voulais, dit Rose.
M. Hervart recommença, cependant que la jeune fille jouissait extrêmement d'avoir, par un caprice, interrompu une conversation sérieuse.
Léonor les considérait avec une certaine ironie. Rose s'en aperçut, se sentit rougir et disparut.
M. Hervart et Léonor continuèrent leur promenade et leur causerie, mais ils ne parlèrent plus de l'amour.
[IX]
L'heure du déjeuner fut agréable pour Rose. Les regards, les désirs, les propos venaient vers elle. M. Lanfranc galantisait sans indécence. Elle riait, puis, soudain sérieuse, acceptait quelque contact avec les gestes de son voisin, M. Hervart. Léonor ne se permit que des phrases brèves, qui voulaient résumer les discours plus ingénus des convives. L'œil de cette jeune fille, qu'il croyait dédaigner, le surexcitait; mais à force de vouloir paraître un homme supérieur, il parut un homme désagréable. Rose en eut peur.