Ce fut une minute émouvante. L'homme, troublé, passa son bras autour de la taille de la jeune fille. Sa main saisit une petite main qui s'abandonna. Il n'eut qu'à tourner et à pencher un peu la tète pour baiser, tout près des cheveux, un front blanc, moite de fièvre. Il sentit alors un abandon plus volontaire; la main qu'il tenait serra la sienne.

Un mouvement brusque de Rose les sépara. Elle regardait franchement M. Hervart, disant, la figure tendrement épanouie:

—Je n'ai plus de chagrin.

Elle se leva. Ils s'en allèrent à travers le bois, échangeant d'une voix douce d'insignifiantes paroles. Chaque fois que leurs regards se rencontraient, c'était dans un sourire. Ils touchaient des fleurs, des feuilles, de simples morceaux de bois mort, pour avoir l'occasion de se frôler les doigts. Arrivés à une clairière, ils laissèrent, marchant côte à côte, pendre intérieurement leurs bras et bientôt leurs mains se joignirent.

Il y eut un silence très long et très agréable. Mais chacun, cependant, avait des pensées particulières.

«Evidemment, se disait M. Hervart, si j'ai un peu de raison, je vais reprendre le train qui m'amena. D'abord, aller à Cherbourg, expédier un télégramme qui m'en fera recevoir un autre, par lequel je serai rappelé. C'est ennuyeux. Je me plaisais tant ici! A qui m'adresser? A Gratienne? Par une lettre alors, pour inventer une histoire. Cela ne sera pas plus grave dans trois ou quatre jours. Je connais les jeunes filles; le temps n'existe pas pour elles; elles vivent dans l'absolu. Tant qu'il n'y aura pas de jalousie, et comment y en aurait-il? je serai tranquille. Elle est bien charmante, Rose. Dieu! que je suis ému! Mais je dois être raisonnable. Je donnerai rendez-vous à Gratienne à Grandcamp. Elle a envie de Grandcamp, à cause d'un roman qu'elle a lu, qui se passait là. Puis, il y a les roches. Moi, ça m'est égal, pourvu que je m'en aille....»

—A quoi pensez-vous, mon ami?

—Vous le demandez, mon enfant?

Une pression plus forte de la petite main témoigna que la réponse avait été comprise. Le silence recommença.

«Gratienne? Elle est en train de me tromper, en ce moment! Aussi, laisser une femme toute seule à Paris, au mois de juillet! «Je ne m'ennuie pas un instant. Je dîne tous les jours chez Mme Fleury, qui est bien contente de m'avoir. Le 25. nous partons pour Honfleur. Il faudra venir nous voir.» Elle croit que Honfleur est tout près de Cherbourg. «Je ne m'ennuie pas un instant....» Allons, quand les femmes sont claires, c'est qu'elles n'ont rien à cacher.... Au contraire, c'est une de leurs ruses....»