Bientôt, M. Maldonne fut distrait par la vue d'un massif d'alkékenges, dont on n'avait pas récolté les fruits. Ils pendaient, comme des oranges minuscules, luisant à travers l'enveloppe flétrie, usée, découpée à jour, qui leur vaut, parmi le peuple, le joli nom d'«amour en cage». M. Maldonne les aimait beaucoup.
—Des coquerets, dit-il, et on ne les a pas cueillis!
Il se pencha aussitôt, et se laissa distancer. Les deux jeunes gens continuèrent seuls. Et Claude vit que les souvenirs de Thérèse n'iraient pas loin désormais. Elle dit encore deux ou trois phrases, distraites, sans accent, destinées peut-être à la tromper elle-même sur cette situation nouvelle: être seule avec lui. Puis elle se tut. Elle regardait en avant, loin, comme le jour où, dans le bois de Laurette, elle avait eu de si étranges idées. Un oiseau menu, les plumes relevées en collerette, vint se poser devant elle, sur l'allée, jeta une petite note triste, et disparut. Thérèse le reconnut, tressaillit, et tourna la tête vers la maison là-bas, vers une fenêtre qui était close, au premier.
—C'est le rouge-gorge de mon oncle, dit-elle.
Et elle se mit à marcher de son pas souple, la joue un peu pâle, les yeux graves et profonds dans le vague.
Thérèse avait achevé sa partie dans le duo d'amour, qu'elle avait commencé et qu'elle interrompait sous la même impulsion mystérieuse. C'était à Claude de parler maintenant. Oh! ce fut bien simple. Ils étaient parvenus à l'un des angles du jardin. L'allée se coudait autour d'une touffe de bambous. Quand il fut à l'abri de la haute gerbe, à demi dégarnie par le froid, Claude s'arrêta, et dit:
—Vous êtes infiniment bonne.
—Croyez vous? répondit-elle en tournant vers lui son regard très sérieux et très doux.
—Oui: tout le temps que vous parliez, j'enviais celui que vous défendiez.
La lueur d'un sourire léger éclaira le visage de Thérèse.