M. Maldonne aurait peut-être insisté. Sa femme, jusque-là silencieuse, l'interrompit.

—Il faut le laisser libre, dit-elle. Tu vois que mon frère a autant de chagrin que nous. S'il en a décidé ainsi, ce doit être mieux, j'en suis convaincue.

Robert la remercia d'un coup d'œil. Et la conversation s'arrêta. Mais la même pensée continuait à les occuper tous quatre.

Thérèse n'avait pas dit un mot. Elle avait remarqué que M. de Kérédol évitait de la regarder, et qu'il baissait les yeux, quand elle levait les siens vers lui. Le dîner achevé, il annonça qu'il sortait pour une heure ou deux, s'enveloppa de son manteau à pèlerine, et prit la porte. Thérèse le suivit. Elle le rejoignit sous les arbres de l'entrée. M. de Kérédol ne l'avait pas entendue marcher derrière lui.

—Parrain?

Il se détourna, et, sous la lune voilée de cette nuit d'hiver, il aperçut, tout près, le visage triste et les yeux suppliants de Thérèse.

—Parrain, reprit-elle, vous ne partez pas tout de suite?

—Non, mon enfant, mais rentrez vite, vous n'avez pas de châle, rentrez...

—Peu importe le froid. Il faut bien que je vous parle, répondit-elle, en s'abritant derrière une touffe d'arbustes verts, contre le vent qui soufflait du fond du jardin. Et je veux vous dire...

—Quoi donc, Thérèse?