Quand il eut dépassé la limite du domaine, son pas devint plus ferme et plus rapide. Robert se hâtait, poussé, sur ce chemin de l'exil, par ses engagements de la veille, et par sa propre faiblesse, qu'il ne sentait que trop disposée à une défaite. Il y avait encore une lutte dans son âme. Claude en devinait quelque chose, et respectait le silence de son compagnon. La brume, chassée par le vent, laissait tomber maintenant des rayées de soleil, çà et là. Devant eux, les cabarets de la banlieue s'ouvraient, guettant les maraîchers. Des voix d'enfants, s'échappant par les fenêtres, se mêlaient au roulement des carrioles. Entre les deux voyageurs, la valise se balançait d'un mouvement régulier.

Au moment où ils allaient entrer dans la ville:

—Monsieur Claude, dit M. de Kérédol en se détournant pour regarder par-dessus son épaule, j'ai les yeux si mauvais, ce matin, que je distingue à peine ma route... voyez-vous encore la maison?

—Grosse comme une fève blanche.

Robert soupira profondément.

—Toute la joie de ma vie est derrière moi! dit-il.

Et il ajouta, sans transition apparente:

—Voulez-vous bien oublier ma vivacité d'hier, monsieur?

—C'est déjà fait, répondit Claude.

—Vous avez pu voir en moi un adversaire, reprit M. de Kérédol... J'aurai du moins le bonheur de ne vous avoir pas nui... je m'éloigne...