Un jour que ces questions s'offraient de nouveau à son esprit, il entra, pour y réfléchir, au Jardin des Plantes. Il savait qu'un des plus sûrs moyens de rencontrer un peu de solitude et de recueillement c'est encore de choisir une promenade publique, la foule ayant plutôt le goût des endroits lassants où il y a de la poussière: les boulevards, les grandes rues, les remparts des places fortes et le tour des fontaines.
Il entra donc, et descendit l'avenue en pente bordée de platanes, admirant la limpidité de l'air et la profusion d'or que l'automne jette sur le monde. Au bout de l'allée, il y avait plusieurs serres à la file, dont les vitres peintes en blanc, cintrées sur les arceaux de fer, rayonnaient autour d'elles une vraie chaleur d'été. Là, quelques bonnes gens, des habitués, se chauffaient en faisant la sieste. Et, devant eux, marchant d'un pas relevé, Claude aperçut deux promeneurs qu'il reconnut tout de suite, bien qu'ils se présentassent de dos. L'un, gros, court, le geste rond, la voix chaude, était M. Lofficial; l'autre, plus sobre de mouvements, droit et sanglé dans sa redingote, ne pouvait être que le parrain de Thérèse. Ils causaient avec animation, à demi tournés l'un vers l'autre, et l'on devinait, à leur attitude même, au peu d'attention qu'ils accordaient aux rangées d'invalides à gauche, et aux massifs de dahlias à droite, qu'ils arpentaient depuis longtemps ce coin découvert et tiède du jardin.
Claude ne voulut pas reculer, et continua sa route vers eux. Comme ils parlaient à voix haute, bientôt il put saisir des mots.
—Eh bien! non, mon cher monsieur, disait M. de Kérédol, je ne crois plus qu'elle nous quitte, à présent. Elle a l'air tout à fait heureuse au milieu de nous. Si vous l'aviez vue parler de ce concert de demain!...
A ce moment, les deux promeneurs, qui s'étaient arrêtés à l'extrémité de la serre, se retournèrent ensemble, et aperçurent Claude Revel qui allait les dépasser.
M. Lofficial étendit la main.
—Je vous arrête au passage, dit-il. Depuis le temps que je ne vous ai vu!... Vous connaissez mon jeune voisin? ajouta-t-il en s'adressant à M. de Kérédol.
Celui-ci, probablement rassuré par la fuite du temps, qui n'avait amené aucun incident nouveau, répondit:
—J'ai eu le plaisir de rencontrer monsieur, il y a un mois.
—Trente-cinq jours, dit Claude étourdiment.