—Qu'en penses-tu? demanda-t-il.
—Je te félicite, dit-il.
—N'est-ce pas?
—Oui, je te félicite d'être à ce point absent de la vie!
Robert se leva, rouvrit d'un coup d'épaules la porte à demi retombée, et descendit l'escalier.
«A quoi bon lui expliquer? murmura-t-il. Il ne comprendrait pas. Est-il résigné à tout! Quelle sécheresse de cœur! Et moi qui le croyais capable d'énergie! Sommes-nous différents l'un de l'autre!»
Et, comme il se demandait: «Quand donc a commencé notre divergence de vues?» Robert s'aperçut qu'elle datait de plusieurs années, de l'époque où Thérèse avait commencé à grandir; que, depuis lors, malgré la communauté de vie, il avait eu bien peu de réelle intimité avec Maldonne, et que toute sa puissance d'aimer s'était concentrée sur Thérèse. Et maintenant Robert ne retrouvait plus son ami... Ils ne se comprenaient plus.
Cette pensée se transforma bientôt, et se fondit en un élan de tendresse pour l'enfant. M. de Kérédol songea que cette situation même lui imposait des devoirs. Puisque lui seul apercevait le danger, ne devenait-il pas, de plein droit, le défenseur de tous? N'était-il pas obligé de protéger Thérèse, de la garder pour ceux mêmes qui ne voyaient pas comme lui? Il sentait, avec une sorte d'amertume fière, qu'il n'avait plus que Thérèse au monde, et il ne se dit pas, mais il fut tenté de croire qu'elle aussi n'avait plus que lui.