VIII

Au moment où l'aile rose, longtemps suivie, disparaissait à l'angle d'une rue, Claude se trouvait près de chez lui. Il se sentait plein d'audace pour la conquête de Thérèse. Mais, de plan d'attaque, il n'en avait pas. Dix projets s'étaient levés déjà de son esprit, comme un vol de linots sort d'un buisson battu. Aucun d'eux ne valait qu'on s'y arrêtât.

Peut-être allait-il en surgir un onzième, quand le jeune homme, passant devant la maison voisine de la sienne, entendit une voix forte crier:

—Gothon! où as-tu acheté ces maudits sacs de papier? C'est du papier de journal, et ça craque dans la main!

—Parbleu! se dit-il, c'est M. Lofficial. On n'a pas des voisins pour ne pas s'en servir. Il connaît les Maldonne, il est bien disposé pour moi; si j'allais lui demander conseil?

Claude s'arrêta, se décida en deux secondes, et tira la sonnette.

Gothon Lofficial,—pour employer l'expression qui la désignait dans tout le faubourg,—une forte vieille à visage sévère, vint ouvrir, regarda Claude du même air soupçonneux dont elle eût reçu un mendiant.

—M. Lofficial?

—Je ne sais pas s'il est là.

—Je viens de l'entendre.