—C'est par elle, disait-il, que j'ai gagné, jadis, l'amitié de Maldonne et de M. de Kérédol, par un petit compliment que j'avais su faire d'elle, en la rencontrant. Vous le voyez, mon cher monsieur, elle m'a valu deux amis. J'espère bien qu'elle m'en vaudra un troisième d'ici peu. J'ai rarement vu une enfant si mignonne. Elle avait les doigts fins comme des pendants de corail. Et je les ai tenus dans mes mains, ces petits doigts. J'ai eu ses bonnes grâces avant vous. Eh! eh! Elle portait une robe blanche, elle était marraine, et moi j'étais parrain. Nous conduisions au baptême le fils de Malestroit. Il y a de quoi être jaloux, monsieur Claude!

Il contait posément, avec une certaine saveur rustique et enjouée, des traits qui eussent été sans intérêt pour tous autres qu'un vieillard qui se souvenait et un jeune homme qui aimait. De temps en temps, Claude se détournait à demi, pour voir si le cornet de papier, où il avait roulé le produit de sa chasse, se tenait toujours bien droit, dans la poche au fond de la capote. Une émotion grandissante l'envahissait, à mesure que la distance diminuait jusqu'au logis des Maldonne. Quand la voiture s'arrêta, devant le portail orné de clous, il était pâle comme en sortant de l'eau, le matin.

—Mon lieutenant, dit M. Lofficial, c'est le moment de vous montrer brave!

Il tira la sonnette.

—Monsieur travaille dans la serre, répondit la fille de charge.

En effet, près du réduit qui lui servait de laboratoire, sous la voûte de verre peint qui l'enveloppait d'une chaleur douce, M. Maldonne triait des oignons de tulipes. Il vit venir les visiteurs à travers une vitre claire, sourit sans se déranger, et, les laissant arriver jusqu'à lui:

—Eh bien! fit-il en se détournant et en tendant les deux mains, vous me surprenez comptant mes trésors.

—Et nous vous en apportons un autre! répondit M. Lofficial.

—Une tulipe?

—Non, un oiseau rare.