Il fit signe à Gilbert et aux deux autres hommes: «Venez!» et retourna dans la cour d'entrée, plus chaude et plus ample de décor que la terrasse. Il y avait là, en avant de la porte, un rectangle long, dallé et cimenté, que protégeait un toit de tôle porté par trois colonnes blanches. Ce péristyle, élevé d'un demi-pied seulement au-dessus du sol, avait été construit par la grand'mère de Michel, vieille femme à qui plaisaient la tiédeur de l'abri et l'éventail grand ouvert des champs qui montaient vers le bourg, coupés en leur milieu par le double buisson de hêtres de l'avenue. Des fauteuils en rotin, des chaises de jardin étaient rangés le long du mur. Michel attendait, debout, les trois journaliers de Fonteneilles. Ceux-ci, deux au moins d'entre eux, connaissaient bien le chemin. Ils le foulaient avec une espèce de sécurité et d'orgueil, comme s'ils avaient pensé: «Renard a eu le dessous; nous sommes plus que lui; d'ailleurs, ce n'est pas d'hier qu'on nous traite ici avec honneur.»
Tous trois ensemble ils saluèrent, du chapeau et de la tête, et Gilbert, qui précédait un peu les autres, à titre de familier et de causeur facile, demanda:
—Vous êtes malade, à ce qu'on dit, monsieur Michel? Faut pas nous recevoir, si ça vous gêne.
Le jeune homme serra les trois mains qui se tendaient.
—Venez tout de même. Tant que je serai debout, je serai à votre service. Qu'y a-t-il?
Aucun des trois hommes ne répondit à cette interrogation trop hâtive. On devait s'asseoir d'abord, et causer de ce qui n'était point important. Ils prirent des chaises que Michel leur désignait, s'assirent, émirent quelques profondes sentences sur le temps qu'il avait fait, puis Gilbert, tirant sa barbe fauve, et regardant le châtelain:
—Monsieur Michel, c'est-il vrai que vous avez pensé à faucher avec une faucheuse?
—J'y ai pensé, en effet, Gilbert, mais je n'ai rien décidé.
—Vous y pensez: ça n'est pas bien.
—Pourquoi?