—Douze journées, au moins; peut-être quinze ou vingt de perdues, si vous le faisiez!

—Il a raison, monsieur, à bas les machines! Donnez du travail!

—Dites, monsieur, donnez-m'en!

Ardents, partagés entre la crainte de déplaire, la colère, la pensée des jours de chômage forcé, les trois faucheurs interrogeaient le maître de l'herbe, et, si les yeux des deux anciens ne menaçaient pas, il y avait une révolte et un défi dans le regard du plus jeune, de Durgé au poil roux.

Les lèvres avaient fini de parler, mais elles restaient entr'ouvertes, prêtes à protester ou à se plaindre. Les trois hommes avaient le même geste, et ne différaient que d'expression. Ils se penchaient en avant comme pour recevoir le pain.

—Écoute, Gilbert, et vous, Dixneuf, rappelez-vous ce que je vais vous dire. A cause de vous, qui êtes de vieux amis de la maison, je renonce à acheter cette année une machine, mais à une condition expresse: le prix de la journée ne dépassera pas trois francs.

—C'est ce qui est dû, fit Gilbert.

—Le syndicat s'en contente pour les travaux du printemps, dit le père Dixneuf. On peut conclure.

—Trois francs cinquante, dit Durgé vivement. Pour les travaux durs, comme les prés, on ne demande pas moins.

—Je paierai trois francs, rien au delà. Vous pouvez calculer que dix faucheurs, à trois francs chacun, pendant quinze ou dix-huit jours, c'est le prix de la machine même que je vous donne. Je ne renonce à mon idée que pour vous, dans votre intérêt. Moi, je fais une opération peu raisonnable. Mais il me suffit qu'elle soit à votre avantage. Est-ce convenu?