—J'en ai besoin, répondit l'homme.
Peut-être en aurait-il dit plus long. Mais l'abbé se retira, et, traversant le chemin forestier, entra chez Ravoux, dans la salle basse où cinq enfants, le père et la mère, achevaient de dîner. Le saladier plein de débris de lait caillé et de pain était encore entre eux, sur la table. Ravoux se leva, fronça les sourcils, et, comme Gilbert, regarda fixement le prêtre. Mais il y avait, entre eux, toutes les lectures que l'ouvrier avait faites. L'abbé, timidement, commença à répéter sa demande.
—Non, monsieur, interrompit Ravoux; c'est inutile. Vous savez bien que je ne suis pas de votre parti.
—Mais je ne suis d'aucun, pas plus que Dieu, dit l'abbé.
—Suffit. Je dis ce que je dis. Je ne donne pas pour la calotte...
L'abbé Roubiaux leva la main, pour la seconde fois, au-dessus des enfants stupéfaits:
—Benedicat vos!
Il sortit en saluant. Ravoux le suivit. Il était agité, peut-être même touché, tout au fond. Le poil noir et frisé remuait sur ses joues.
—Quand vous n'aurez plus de pain chez vous, dit l'ouvrier au prêtre qui s'éloignait, je ne vous en refuserai pas. Ce que je refuse, c'est la cause, c'est pas vous.
L'abbé fit un signe de tête, sans se retourner, tandis que Ravoux refoulait dans la chambre les enfants et la mère, dont les têtes s'étageaient au soleil, entre les montants de la porte.