—Mon frère et mon ami, embrasse-moi!

Gilbert sentit battre contre son cœur un cœur qui l'aimait. Il ignorait le nom.

Dans le silence de la maison de retraite, à neuf heures et demie, quand les lumières furent éteintes, et que, tout le long des corridors, dans les chambres, les compagnons eurent commencé leur somme, Gilbert Cloquet se ressouvint de ce qu'il avait entendu.

Les phrases lui revenaient telles qu'elles avaient été dites, avec leur accent, avec la vie fraternelle et divine qu'elles enfermaient.

«Mon pauvre frère, pourvu que tu le veuilles, tu es riche. Ton travail est une prière, et l'appel à la justice, même quand il se trompe de temple, en est une autre. Tu lèves ta bêche, et les anges te voient; tu es enveloppé d'amis invisibles; ta peine et ta fatigue germent en moisson de gloire... Oh! quelle joie de ne pas être jugé par les hommes! Lui, il est la grande pitié, la grande bonté! Il cherche toute âme droite. Il a pardonné les aveuglements de l'esprit. Il a pardonné surtout les fautes du cœur et des sens. Il n'a été sévère que pour les hypocrites. Tous les autres, il les attire à lui. Dieu n'injurie pas. Son reproche tient dans un regard. Lève seulement tes yeux, mon frère, et tu liras le pardon avant même le reproche.»


Gilbert pensa:

«Cela est beau! Je suis donc quelque chose de grand, moi qui me croyais le rebut?»

Et d'autres mots passèrent dans sa mémoire comme une marée: