—Faites avancer l'auto.

Quand la voiture fut devant la porte:

—Messieurs, dit-il au groupe d'hommes qui l'attendaient, je vous enverrai mes instructions de Paris. Je suis obligé de partir. Affaires de service. Adieu!

Et, se jetant dans la voiture, sans regarder en arrière, il dit au chauffeur:

—Du soixante à l'heure, Édouard. Nous rejoignons, à La Charité, l'express pour Paris.

Au moment où l'automobile tournait au coin de l'avenue, et se lançait à toute vitesse sur la route de Laché, le bruit de la corne passa au-dessus des bois, et au-dessus du village de Fonteneilles. C'était le dernier adieu d'une race. Les femmes avaient regagné leur maison. Beaucoup d'hommes étaient restés sur la place de l'église, ou entrés dans les cabarets. Gilbert Cloquet causait au milieu d'une quarantaine d'entre eux, devant la porte du café Blanquaire. Il s'interrompit de raconter son voyage, et tous ils écoutèrent les appels de la corne qui s'éloignaient et diminuaient comme les étincelles d'une fusée. Ni les ennemis, ni les amis du château ne firent la moindre réflexion; une même pensée sérieuse les tenait; un sentiment commun de la fragilité humaine changeait leur silence en un hommage secret. Ce fut très court; une voix usée, celle de Lamprière, demanda:

—Dis donc, Cloquet, si tu payais une tournée? Quand on rentre au pays, on régale.

—C'est de droit, fit le journalier: je veux bien.

—Et puis, tu sais, ça ne t'empêchera pas de raconter ton voyage; et chez Blanquaire on sera mieux que dehors: il fait une sale brume.

Cloquet leva la tête. Les nuages filaient, énormes et mous, effrangés par le vent, et laissaient tomber une poussière d'eau glacée.