—Faudra voir, dit Gilbert, en mettant la main un peu plus bas sur le manche de l'outil.

—Qui t'a embauché tout seul?

—Meximieu. Il en était le maître. Et moi d'accepter.

—Tu sais bien, dit Supiat, qu'une coupe embauchée est une coupe banale. Y vient qui veut.

—Oui, quand c'est le marchand de bois qui l'a achetée. Mais quand c'est le propriétaire, qui reste le maître, il fait ce qu'il veut! Ç'a été de tous temps.

—Eh bien! les compagnons et moi, nous allons changer ça, Gilbert! Tu vas filer au trot, devant nous, jusqu'à ce que nous revenions tous ici...

—Tournabien a raison, crièrent les camarades. A bas le traître!

—Je suis dans mon droit! Ne venez pas!

Des hommes s'avancèrent; il y eut un bruit de feuilles froissées; des branches cassèrent, en arrière et de côté. Supiat s'était rasé comme une bête agile qu'il était; il s'élança, cherchant à saisir la cognée ou les jambes de Gilbert. L'homme ne recula pas et leva sa lourde lame. Un éclair fouetta l'air au-dessus de lui; des clameurs montèrent en cercle, des piétinements comme de chevaux qui chargent; la hache, volontairement ou non lâchée, à moitié de sa course, vola par-dessus le dos de Supiat, rebondit sur les branches coupées. Des bras pointèrent, des poings, des têtes, et l'on vit Gilbert, les jambes tirées en avant par son adversaire, se renverser et tomber en arrière, comme un arbre scié au ras du sol. Puis dix hommes se ruèrent sur l'homme tombé.

—A mort le traître! Assassin! Tiens! voilà! tiens!