Ils se battaient pour mieux frapper Gilbert. Des grognements de rage et de douleur sortaient de cette masse grouillante que d'autres hommes entouraient, prêts à se ruer, penchés, hurlant, les poings tendus, les yeux fous, attendant, comme les chiens qui n'ont pas de place quand l'animal de chasse est coiffé par les plus audacieux.

Une voix cria:

—Arrière, les lâches! Le laisserez-vous?

En une seconde le faisceau fut rompu. La pelote humaine s'ouvrit. Un corps immobile resta étendu sur la terre.

—C'est pas moi, monsieur Michel! C'est pas moi! Il a voulu me tuer!

C'était Supiat qui s'avançait au-devant du comte de Meximieu. Les autres avaient déjà reformé le cercle, à distance, et, à reculons, lentement l'agrandissaient. Michel de Meximieu accourait. Il écartait les branches, de ses deux bras tendus; il était sans armes, vêtu de son complet bleu de promenade. Et en courant, il comptait, et essayait de reconnaître les bûcherons qui s'effaçaient, et se retiraient derrière les cépées. Le jeune homme, pâle, épuisé par l'effort, ralentit la course, traversa le chantier à peine ouvert, et, repoussant Supiat qui continuait de protester, s'agenouilla près de Gilbert. Le bûcheron avait le visage couvert de sang, et les yeux ouverts, mais fixes.

—Gilbert?... Est-ce que tu m'entends?

Aucune réponse... Le gilet était en miettes, la chemise déchirée, tachée de boue, rouge par endroits.

Michel se tourna vers Supiat, qui se tenait à distance, l'air affligé. Tous les autres avaient disparu. Le soleil jouait avec l'ombre et le vent.

—Supiat, aidez-moi: emportons-le.