—Peut-être ils ne l'auraient pas chantée, si les conférences du lieutenant Jacquemin n'avaient pas été interdites par le colonel de Meximieu.

—Antoinette!... Mon général, excusez...

—Par vous, qui croyez n'avoir aucune responsabilité dans le désordre des esprits, mais qui devriez faire meâ culpâ, parce que,—je ne suis qu'une enfant, mais je vous le dis,—parce que vous et d'autres, vous avez découragé les officiers comme mon père.

—Antoinette!

Michel se pencha vers elle, et dit tout bas:

—Je vous en prie, mademoiselle!

Mademoiselle Jacquemin se tut, frémissante, la poitrine encore soulevée par l'émotion. Très vite son joli visage perdit de sa colère. Elle eut un demi-sourire, qui s'adressait à Michel, et qui disait: «C'est pour vous que je cesse de défendre mon père contre le vôtre.» Le général ne la regardait plus. Il regardait Jacquemin. Celui-ci, enfoncé dans son fauteuil, les bras raidis le long du corps, fermait les yeux, comme un homme qui souffre cruellement, et qui ne veut pas le laisser voir. Entre ses cils, deux larmes coulaient. Il les sentit tout à coup, chaudes sur ses joues, et porta la main à son visage. Mais cette main, tout humide, M. de Meximieu la prit. Les deux hommes se trouvèrent debout, l'un devant l'autre.

—Jacquemin, je n'ai pas cessé un jour de vous regretter, mon ami! Nous n'avons pas la même conception de l'armée. Je suis d'une autre génération: mais l'estime, vous savez, l'affection, l'admiration même, rien n'a changé! Rien!

Ils se regardèrent encore, silencieusement. Les mains se séparèrent.

—Je n'aurais pas dû rappeler ce souvenir-là, si j'étais un homme habile, comme on le prétend, car j'ai un service à vous demander, un grand...