C'était bien l'enfant qui souffrait, et l'homme qui se taisait.

M. de Meximieu avait pris dans la poche de son gilet un monocle sans cordon, qu'il mettait toutes les fois que, dans une discussion, il avait besoin d'une diversion et d'un moment de répit. Les muscles de l'arcade sourcilière gauche se nouèrent autour du verre, l'œil droit resta large ouvert, et la physionomie du vieux gentilhomme se modifia entièrement. Une ironie contenue, la politesse élégante et méprisante d'un diplomate en qui vivait l'expérience d'une race, aiguisa et tira en hauteur les rides du masque militaire. Sous l'homme de commandement, un autre homme apparut, qui n'avait que de rares emplois, mais qui les remplissait naturellement.

—Mon cher, dit-il avec une lenteur voulue, tu juges ce qui était avant toi. C'est une cause d'erreur dans la vie. La situation qui m'est faite a des causes anciennes. Mon père a laissé des dettes. La terre de Fonteneilles est hypothéquée.

—Je le savais.

—Tu le savais, mais tu croyais que les dettes étaient les miennes. Eh bien! non: celles-là sont d'héritage... Il y a, en second lieu, ta mère;... je l'ai épousée sans fortune.

—Et vous le rappelez?

—Je te le rappelle à toi, parce que, précisément, je ne puis pas lui reprocher ses dépenses, j'aurais l'air d'un goujat; ni lui refuser l'argent qu'elle demande. Or elle en demande beaucoup. Nous avons une vie stupide et intangible. Le monde nous tient. Je veux dire qu'il me tient par ta mère. Et il ne lâche pas.

Le général frappa de la main gauche une liasse de papiers.

—Voici mes comptes. Il en résulte que je suis aux trois quarts ruiné... Ne t'écrie pas! Ne lève pas les bras!... C'est un fait... J'ai eu ma part dans ce résultat. Je vais te dire quelle elle est... Tu supposerais mille choses, si je ne m'accusais pas.

—Non: cela suffit.