—Bien sûr!...

Le bûcheron tendit sa large main, pour sceller le contrat. Puis, gêné, hochant la tête à cause du déplaisir qu'il éprouvait:

—Monsieur Michel, puisque me voilà engagé, si vous vouliez m'avancer vingt francs sur le travail? Je ne sais pas comment je fais, pour tant dépenser!...

Michel tira un louis de son porte-monnaie, et le remit à Gilbert.

—Je le sais, moi, mon brave: tu es trop bon avec quelqu'un qui ne l'est guère. Adieu!

A ce moment, une sonnerie de clairon, aiguë, retentit au loin, à droite dans la forêt. Elle était militaire, et rappelait celle du couvre-feu. Rapide, pressée, impérative, elle finissait sur une note prolongée qui commandait le silence, la cessation, le repos. Elle fut répétée à quelques secondes d'intervalle, et cette fois, le pavillon du clairon devait être dirigé du côté où se trouvaient les deux hommes, car elle arriva plus nette et plus forte. Aussitôt, Gilbert Cloquet se détourna, pour prendre la vieille veste pendue à un arbre, et qu'il voulait jeter sur ses épaules pour le retour.

D'un mouvement prompt, avec une irritation non contenue, Michel se baissa, saisit la cognée tombée à terre, et, la levant sur le tronc du chêne:

—Tu laisses la besogne à moitié faite! En voilà une lâcheté! Je vais finir, moi!

Avec la sûreté d'un homme habitué aux exercices violents, il frappa dix fois, vingt fois, trente fois, sans se reposer. Les copeaux volaient. Cloquet riait. Une voix haletante cria, à la lisière du taillis:

—Qui est-ce qui cogne après le signal? Est-ce que tu n'entends pas?