—Et tu as eu le front de m'écrire, pour si peu, que tu voudrais partir avec moi pour Buenos-Ayres?
—Je l'ai regretté le lendemain!
—Et tu me donnes trois semaines d'angoisses en ne m'expliquant rien! Tu me fais faire cent vingt-sept lieues. J'arrive, je te crois trompée, je soupçonne madame de Saint-Saulge, j'offense ton mari, je risque de brouiller deux ménages, j'aventure gravement ma réputation d'homme du monde et de diplomate, et quand le mal est fait, tu veux bien m'apprendre que tout ce beau désespoir te venait de ce qu'on appelle une espérance! En vérité, non, ma chère, ce n'est pas pardonnable!
M. de Rabelcourt retira ses deux mains que, jusque-là, Guillaumette de Rueil avait retenues entre les siennes, et, froissé, redressé contre le dossier du banc, il se mit à regarder vaguement les futaies.
La jeune femme n'essaya pas de se défendre. Elle se sentait en faute, mais, se souvenant des recommandations d'Édouard et de l'heure qui s'écoulait, elle s'efforça de deviner les intentions de M. de Rabelcourt.
A l'autre extrémité du banc, les yeux vagues aussi et devenus songeurs:
—Je me charge de vous réconcilier, dit-elle, avec madame de Saint-Saulge...
Il ne répondit pas.
—Le plus difficile, continua-t-elle, ce sera de faire entendre raison à mon mari. Vous, mon oncle, il vous excusera sans peine;... mais il faudra lui avouer que j'ai écrit cette lettre fâcheuse, ridicule... Et je m'en inquiète un peu... Il ne sera que trop disposé à penser comme vous, que j'ai manqué d'esprit ce jour-là en ne me taisant pas, et que j'en ai manqué hier soir, en me taisant... Il est si bon pour moi, que ses reproches me sont infiniment durs.