—Tu comprends, Valentine, avait dit le peintre, il va venir un délégué de l'administration des beaux-arts. Il faut qu'il trouve à qui parler. Moi je serai là-bas. Ne bouge pas d'ici. De la sorte, nous ne le manquerons pas.
Elle avait observé fidèlement la consigne, tressailli à chaque coup de sonnette, cru cent fois le voir passer, comme son mari croyait le reconnaître parmi les visiteurs.
—Ce doit être lui, disait-elle, grand, mince, décoré, un portefeuille, l'air de ne pas connaître Châteaulin.
—Il n'est pas entré?
—Non.
—Il se rendait sans doute à l'hôtel. Ce sera pour demain, Valentine.
Le mois s'écoula, l'exposition prit fin; le délégué n'avait pas paru. M. Prunelier commençait à parler dans les plus mauvais termes de cette administration, la plus insouciante de l'Europe, lorsque, un matin qu'il travaillait seul dans la petite salle à manger, le facteur apporta une lettre de format allongé, au timbre étranger. M. Prunelier comprit tout de suite qu'une heure décisive était venue. Sur l'enveloppe, il y avait d'abord l'adresse imprimée de l'expéditeur: Thos Sheppard and Sons, dealers in old pictures; 253, Southampton Street, London; au-dessous, d'une admirable écriture anglaise: Monsieur Prunelier (Félix), esq.. et, dans un angle, la mention «confidentielle». Le peintre l'ouvrit, poussa un cri, et se mit à danser autour de l'appartement.
Dix minutes lui parurent une heure.
Quand il entendit le grincement de la clef dans la serrure, il se précipita au-devant de sa femme, qui rentrait du marché.
—Vendu! cria-t-il, vendu!