—Mon Dieu! ce n'est pas une fortune... bien moins que cela ne vaut: huit cents francs.
Madame Prunelier se dressa tout debout:
—Huit cents francs, le Raphaël!
—Non, mon amie, reprit M. Prunelier en baissant la voix, le Raphaël... avec le Poussin et le Salvator... Je l'avoue, c'est bien...
—Comment? les trois! Mais c'est une plaisanterie, une affreuse duperie... ou bien alors, ta collection...
—Valentine!
—Que veux-tu? cela passe les bornes aussi! Huit cents francs, un Raphaël qui n'a jamais été discuté! Combien me l'as-tu dit de fois qu'il n'avait jamais été...
—Eux-mêmes ne le discutent pas, ma chère! Ils écrivent positivement: «Votre Raphaël, votre Poussin, votre Salvator.» Regarde. Seulement les arts ne vont plus, pas plus à Londres qu'à Châteaulin. Est-ce ma faute?... Ah! tiens, pourquoi es-tu rentrée? J'étais si content tout à l'heure!
Le long des joues du peintre, deux larmes coulaient et roulaient sur les broussailles de sa barbe. Il avait l'air si malheureux que sa femme en eut pitié. Elle s'approcha de lui et l'embrassa.
—Mon pauvre Félix, dit-elle, je m'étais forgé des idées folles, vois-tu. Cette madone me semblait une fortune. Enfin, huit cents francs, c'est quelque chose, certainement... Cela va nous faire du bien, beaucoup de bien...