—Peu importe, interrompit la jeune fille. J'ai été adoptée, il y a vingt-deux ans, par madame.
—Oh! Evelyne!
—Évidemment. Comment voulez-vous que je dise?... Je viens, monsieur, pour avoir des renseignements sur mon origine.
Elle était nerveuse et décidée à être impertinente.
Le chef de bureau ne s'y méprit pas. Il fit l'économie d'un reste de sourire, qui attendait son tour, et répondit:
—Bien, mademoiselle; alors, adressez-vous au bureau des adoptions, escalier A, tout en haut.
Il saluait, avec une politesse administrative, et, cependant, avec une nuance de réserve, à cause de la brusquerie de cette jeune fille. Madame Gimel seule répondit. L'aile de pigeon avait déjà filé devant, et passait en bordure des enquêteurs, qui clignaient l'œil sur le sillage d'Evelyne.
Celle-ci, retraversant la cour, trouva l'escalier A, monta plusieurs étages, et suivit un couloir sur lequel ouvraient des portes numérotées. Elle frappa à l'une des dernières, et entra dans une cellule chaude dont elle venait de réveiller le titulaire.
—Je ne le reconnais pas non plus, souffla madame Gimel, en passant près d'Evelyne.
L'homme avait avancé deux chaises, les deux seules qui meublassent la pièce. Il était de l'espèce intelligente et ardente qui se rue aux emplois publics, invente, médite des réformes, fait des rapports, espère de l'avancement et, n'en recevant que fort peu, enrage quelquefois et, plus souvent, s'endort. Son large front, qui se prolongeait en calvitie aux tempes, son menton pointu et sa barbiche en virgule, lui faisaient une tête triangulaire. Il jeta un coup d'œil sur les petits rideaux d'étoffe rouge qui encadraient la fenêtre, sur la pendule Empire,—deux colonnes noires et un cadran d'or,—sur les dossiers alignés devant lui, afin de s'assurer que tout était en ordre, mit sur son nez, triangulaire aussi, un lorgnon d'écaille, et demanda: