—Cela se peut, au contraire.
—D'où l'on sort, de quelle misère ou de quel vice? Car je ne peux hésiter qu'entre les deux.
—Voyons, ma petite Evelyne... Calme-toi.
—Laissez-moi; je m'adresse à monsieur, qui voit que je veux savoir tout ce qu'il sait lui-même... Et je trouve que ma prétention n'est pas excessive...
La main de M. Heidemetz ôta le lorgnon, et eut l'air de le tendre.
—Elle l'est, mademoiselle. Vous n'avez droit qu'aux renseignements contenus dans le certificat d'origine de l'administration. Cependant, pour vous être agréable, je vais faire une chose exceptionnelle, tout à fait exceptionnelle, dont j'ai vainement demandé qu'on fît une obligation pour l'Assistance.
Il sonna un garçon de bureau.
—Allez demander, aux archives, ce dossier.
Il écrivit deux lignes sur un carré de papier, qu'il remit à l'employé.
Et, aussitôt, il s'informa, auprès de madame Gimel, des circonstances de ce qu'il appelait: «Le placement sous réserve de tutelle.» Madame Gimel rappelait avec complaisance les longues discussions qu'elle avait eues avec M. Gimel avant de le décider à adopter; l'indécision du mari, qui ne savait s'il adopterait un garçon ou une fille; l'insistance qu'elle avait mise à demander «une petite»; les photographies de «candidates» comparées; puis, la comparution des deux époux, assistés d'un notaire, devant M. le directeur de l'Assistance publique lui-même, «dans ce beau cabinet où il y a des portraits de bienfaisants personnages de tous les temps».