—Ah! par exemple, elle a été baptisée, monsieur! interrompit madame Gimel. J'ai eu soin de la faire baptiser, sous condition, comme on dit. Et même je puis dire qu'elle a beaucoup de religion pour une... Enfin, je sais ce que je veux dire: je l'ai élevée comme mon enfant.

«Date du dépôt.»—Vous aviez douze jours, mademoiselle.—«Explication détaillée des motifs qui ont amené l'abandon de l'enfant...»

Ici, M. Heidemetz eut une attention délicate. Il avait le sentiment que l'être jeune qui était là, tout près de lui, souffrait, et il ne lut pas tout haut le motif écrit dans la case aux réponses, le motif en un seul mot: misère. Evelyne lui en sut gré. Il tourna la page. La mère n'avait voulu donner aucun renseignement sur elle-même qui pût la faire connaître, et tout ce qu'elle avait consenti à dire, c'est qu'elle n'avait pas eu d'autre enfant que celui qu'elle abandonnait.

La troisième page devait être la plus rude pour Evelyne, et le silence fut complet, pendant qu'Evelyne lisait ces lignes cruelles:

«—A-t-on dit à la mère que l'admission d'un enfant à l'hospice des Enfants Assistés ne constituait pas un placement temporaire, mais bien un abandon?

»—Oui.

»—Et que les conséquences étaient les suivantes: ignorance absolue des lieux où l'enfant serait mis en nourrice ou placé?

»—Oui.

»—Absence de toute communication, même indirecte, avec lui?

»—Oui.