—C'est vous!

Un fou rire de Raymonde et de Marthe. La fenêtre est fermée. Qu'importe la fin du défilé?

On revient dans la salle des copistes. Mademoiselle Raymonde n'a pas de peine à deviner l'émotion d'Evelyne. Elle a surpris, au moment même où l'officier saluait, un geste de recul involontaire de sa voisine. Étonnement? protestation? colère? Preuve, en tout cas, et aveu.

—Vous ne le connaissez pas, Marthe?

—Non.

—Alors, c'est vous qu'il a saluée, Evelyne, il n'y a pas le moindre doute. Pourquoi vous défendez-vous? Il est fort bien, votre lieutenant.

—Vous nous le présenterez?

—Vient-il vous attendre à la sortie de la banque?

Evelyne nia effrontément. Elle eut de l'esprit, elle s'anima,—les machines ne claquaient pas vite,—et ses deux camarades commençaient à douter, quand, sous prétexte d'ordres à transmettre, de renseignements à donner au service de la dactylographie, M. Amédée, et un autre petit secrétaire, et M. Honoré Pope, le caissier aux cheveux gras, firent une apparition, l'un après l'autre, dans la salle des sténographes. Eux, ils ne doutaient pas. Ils avaient, à travers les barreaux de la fenêtre du rez-de-chaussée, remarqué le salut du lieutenant; ils avaient entendu les éclats de rire à la fenêtre de l'entresol; un instinct infaillible les avertissait qu'une seule des trois femmes avait pu être saluée de la sorte par un officier: cette Evelyne qui plaisait à tous et à qui personne n'avait l'air de plaire. M. Amédée, selon son habitude, arriva en glissant sur le parquet,—il était du monde;—il avait, entre les sourcils, le pli de l'homme chargé de gros intérêts, dans les yeux ce petit feu follet qui démentait la ride, et le sérieux, et l'allure affairée. Il se pencha au-dessus de la table de mademoiselle Raymonde, mais il observait Evelyne, appliquée et penchée; et, en partant, il murmura, impatienté de n'avoir pas été l'objet de la plus petite attention:

—Mes compliments, mademoiselle Evelyne: il est très bien.