—C'est mon avis. Quand partons-nous?
Les yeux qui erraient sur les toits d'en face s'allongèrent un peu, mais ne sourirent pas tout à fait.
—Maman, je préfère avoir toute la responsabilité de ce qui arrivera. Si je me trompe, si je ne suis pas bien jugée, je n'aurai à m'en prendre qu'à moi-même. Laissez-moi aller seule. Vous serez au courant des moindres détails, je vous le promets. L'Assomption est jeudi prochain. Je demanderai un congé à monsieur Maclarey. Au besoin, monsieur Honoré Pope m'appuiera, pour avoir l'air d'un brave homme sans rancune. Maman, nous passerons la fête ensemble, je partirai jeudi soir... J'espère qu'il y a un train, le soir, pour le Bugey? Où est-ce au juste, le Bugey?
—J'ai ta petite géographie de l'école, dit madame Gimel, et j'ai aussi un Indicateur de l'an dernier.
Elles passèrent la soirée à combiner le voyage que ferait Evelyne, et à prévoir, et à craindre que ce ne fût pas une joie. Mais, l'inconnu, presque toujours, se résout en espérance. Elles finirent par espérer un peu. L'avenir, les images, les mots de bienvenue, les interrogations probables, les objections, tout cela sonnait dans la chambre où deux pauvres femmes causaient, l'une jeune et l'autre vieille, et s'empressaient autour d'un amour qui avait l'air de revivre.
VI
LE HAUT-CLOS
Le vendredi 16 août, à six heures du matin, Evelyne descendait du train de P.-L.-M., à la gare d'Artemare. Elle était seule; il faisait de la brume; on ne voyait qu'une petite butte pierreuse à gauche de la route, des prés à droite et des silhouettes de peupliers dans le brouillard. Evelyne, en remettant son billet au chef de station, demanda:
—La route de Linot, s'il vous plaît, monsieur?
—C'est là-haut, mademoiselle. Vous traverserez la ville,—ils ont la ville facile, les gens qui habitent les bourgs,—tout droit, puis vous trouverez un lacet qui monte à Don; Linot est sur le molard, au-dessus de Don.