»Elle était, comme moi, en larmes. Elle redressait, en marchant, son pauvre chapeau noir, que j'avais déplacé, avec mes bras. Et elle se taisait.
»Bientôt, nous aperçûmes les maisons du bourg de Vieu. Les chemins, les paysages, entre les arbres et par-dessus les prés en bosse, étaient peut-être jolis: je ne les voyais pas. Nous entrâmes dans l'église; madame Morand me fit entrer la première, et j'allai d'abord vers le bénitier, puis je revins vers elle, naturellement, pour lui offrir l'eau bénite, ce qui l'étonna. Nous étions seules. Elle monta un peu, dans la nef, et s'agenouilla. Moi, je restai dans le dernier rang de chaises. Et il est sûr que j'étais meilleure que d'habitude: je fis une vraie prière, et je ne m'aperçus pas du temps qu'elle durait.
»Madame Morand me toucha l'épaule; nous sortîmes, et elle me dit simplement:
»—J'ai une commission à donner à Angélique Samonoz. Nous prendrons par ici, s'il vous plaît.
»Chez l'épicière, je vis bien, du seuil où je l'attendais et très triste, qu'elle parlementait, qu'elle comptait de l'argent, qu'elle écrivait quelques lignes. Mais que m'importait? Je fus seulement frappée de la physionomie gaie qu'elle avait, en reprenant la route du Haut-Clos. Elle levait la tête de mon côté. Elle cherchait autre chose que le sourire médiocre, le sourire de seconde classe que je lui donnais. Que voulait-elle? Pouvais-je deviner? A la dernière maison du bourg, sans me prévenir, elle me prit la main, et, la serrant:
»—Petite mademoiselle Evelyne, soyez heureuse!
»—Pourquoi, madame?
»—Je viens d'envoyer un commissionnaire au bureau de poste de Champagne. Je télégraphie à mon fils.
»—Que lui dites-vous?
»—De venir.