»—Mademoiselle Evelyne, j'ai désiré, toute ma vie, que mon fils épousât une femme pieuse. Celles qui sont passables sans religion, avec la prière en plus seraient admirables. C'est un monde fermé à beaucoup. Je ne veux pas vous faire de sermon. Je vous demande de me dire, sincèrement, si votre chère âme jeune pourrait monter de ce côté-là.
»Je n'ai jamais vu d'aussi beaux yeux que les siens qui attendaient et qui répétaient:
»—Votre chère âme jeune pourrait-elle monter?
»J'ai répondu:
»—Pourquoi pas? J'ai pensé plus d'une fois à ce que vous me dites. Ça ne s'est pas trouvé sur ma route, voilà tout.
»—Si vous cherchiez?
»—Vous croyez que ce serait une manière de mieux l'aimer?
»—J'en suis très sûre, ma petite.
»J'ai fermé les yeux, j'ai tendu un peu les mains, et j'ai senti cette vieille femme, très tendre comme vous, qui pleurait sur ma poitrine. Et j'ai penché ma tête, tout contre la sienne. Quand j'ai pu parler, je lui ai dit, en reprenant mon chemin auprès d'elle:
»—Madame, je veux tout vous dire, moi aussi... Je suis sûre que personne n'aimera votre fils comme je l'aime; mais je serais un obstacle à sa carrière; même si j'étais moralement telle que vous me voudriez, j'aurais mon misérable état civil d'enfant trouvée. Il y a des portes qui se fermeraient devant nous, ou qui ne s'entr'ouvriraient qu'à la pince-monseigneur, par ordre... Je suis bien malheureuse, je vous assure; je n'aurais pas dû venir; quand nous aurons bien causé, de lui et de moi, nous arriverons à la même conclusion: «Je ne peux pas l'épouser!» En vérité, non, je n'aurais pas dû venir. J'ai fait déjà une fois le sacrifice, et il sera plus dur à refaire... Avez-vous une solution? Avez-vous un moyen?