—Vous, dit-il, vous avez changé vos habitudes d'autrefois: quatre jours libres, quatre jours dans l'Ain; vous rentriez à Paris à cinq heures du matin, et, à six heures, vous étiez à la Pépinière... Est-ce que vous vieillissez?
—Peut-être, mon colonel.
—Moi, pas. Regardez ça; est-il assez joli, le plan de mon bastidon?... Supposez la mer, par ici, et, par là, le fond de la baie de Villefranche; les terrasses, vous vous souvenez, cuites et dorées comme du pain...
—Je n'ai jamais pu voyager, mon colonel; je ne connais pas; mais la maison sera plaisante, en effet...
Il faisait beau, admirablement. Le soleil et l'air remué par le courant du fleuve entraient dans le cabinet de travail, qui eût été tout Louis XV, sans le râtelier de pipes pendu à côté de la cheminée. Le colonel, en veston clair, assis devant son bureau, étudiait un croquis d'architecte, une aquarelle éclatante, qui représentait une villa basse, couverte en tuiles, et dont les fenêtres semblaient taillées dans les touffes des bougainvilliers. Il releva la tête, écarta un peu son fauteuil, cherchant à deviner, dans la physionomie du lieutenant, le progrès ou la guérison d'une peine d'amour dont il avait été le premier confident.
—Toujours fermé ce visage-là, mon cher Morand. J'y vois, pourtant, que vous avez le moral plus solide... Allons! voilà que vous pâlissez!... Qu'avez-vous?... Une larme!... Je ne vous reconnais pas! Est-ce bien un de mes officiers?
—Qui va quitter le régiment...
—Vous permutez?
—Je démissionne.
—Vous? Mais, je vous le défends!