—C'est fait.

—Si je vous assurais que cette jeune femme sera reçue dans le monde militaire, bien reçue même, renonceriez-vous à donner votre démission?

—Mon colonel, je vous remercie de votre sympathie; je suis très touché; mais je suis résolu à quitter l'armée.

—Oui, parce que vous pensez que j'ai changé d'opinion, et que le monde n'en changera pas... Mais si vous aviez des preuves du contraire?

—Lesquelles?

—Si des preuves parfaitement sûres vous étaient données, que les femmes les plus élégantes, les plus mondaines du régiment, recevront la visite de madame Louis Morand, et rendront cette visite,—car l'accueil des autres, de celles que j'appelle les femmes de cœur, n'est pas douteux,—enverriez-vous votre lettre?

—Non, je resterais. Mais cela est invraisemblable, il faut même dire impossible.

—Attendez trois jours. Vous me promettez?

Le lieutenant, flatté et ému de l'insistance de son chef, considéra Paris, où les arbitres de sa destinée, bien inconscients de leur rôle, femmes de lieutenants, de capitaines, de commandants, devaient faire, en ce moment, quelques courses du matin.

—Soit, dit-il. J'aurai obéi jusqu'au bout, mon colonel. J'attendrai trois jours.