—Qu'as-tu, ma Simone?
Mais il n'osait pas la regarder.
Elle, rendue plus forte à cause de cela, légèrement détournée vers la rivière, continua, avec des phrases d'enfant qui cachaient une douce pensée de femme:
—Je n'ai pas réussi à me faire assez aimer, vous le voyez bien, puisque vous me laissez partir. Et je voudrais ne plus partir. Je voudrais vivre entre vous que j'aime bien et maman qui est bonne aussi, très bonne... Si vous saviez comme c'est triste de vous aimer tous deux, et de vivre toujours loin de vous ou loin d'elle!
Il la pressa doucement contre lui, l'espace de dix pas, sans répondre, tâchant de dominer le grand trouble où cette enfant le jetait. Et quand il parla, sa voix tremblait. Et lui aussi regardait la rive fuyante du Guer, et la petite ville où pointait le toit de l'hôtel.
—Ma Simone, j'ai pensé à cela bien des fois, avant que tu vinsses, et depuis surtout que tu es venue. Je savais le bonheur que ce serait pour toi. J'ai été sur le point de te demander si ta mère consentirait...
—J'en suis sûre! dit vivement Simone, sûre comme de vivre!
Et cette affirmation d'amour, si chaste et si forte dans la bouche de l'enfant, suffit à chasser les doutes de l'homme. Il crut ce qu'elle disait. Il éprouva un allégement de ce pardon qui venait trop tard. Le bord de la rivière était tout près. Déjà le sol déclinait, couvert de limon gras cernant les touffes d'herbes. M. L'Héréec s'arrêta, mit un baiser sur les cheveux de sa fille, et, tandis qu'il la tenait encore serrée contre lui:
—Je ne savais pas, ma pauvre petite, je ne croyais pas qu'elle voudrait... Et à présent... Je ne puis pas t'expliquer cela, mais je te supplie de me croire, j'en souffre plus que toi... cela ne se peut plus!
—Pourquoi, père? Je suis là, je puis rester, elle peut venir!... Depuis quand n'est-ce donc plus...