—J'ai idée que nous sommes sur un banc. Je vois du sable dans la mer. Ça serait bon pour tendre un trémail, qu'en dis-tu? Les rougets mouvent par la lune.

Sullian revoit son fils, tout petit dans le berceau blanc, le premier-né tant désiré, et que Marie-Anne nourrit, et qu'elle est fière de montrer en traversant Perros. Un sourire léger monte aux lèvres de l'homme.

La barque file droit, les voiles pleines de vent.

Plus loin, bien loin de la terre de France, Guen a dit encore:

—Sullian, nous serons chez les Anglais avant trois heures d'ici, ou je ne m'y connais pas. Corentine est prévenue. Tout de suite nous virons de bord. J'ai pris deux châles pour elle, que m'a donnés ta femme. Et en route! Je crois qu'avant midi demain, mon ami, si la brise ne mollit pas, nous entrerons dans le Guer, et deux heures après dans Lannion.

—Oui, vieux père, a dit Sullian.

Guen a repris:

—Nous n'aurons pas perdu de temps, mon ami. Penses-tu que Simone sera contente de nous?

Et, cette fois, ils ont souri tous les deux, sans se voir, de la même espérance très douce. Ils ont continué d'en parler, de loin en loin. Puis la lune a grossi démesurément. Elle a descendu, toute rouge, dans les brumes d'horizon. La mer est devenue sombre. Les hommes se sont tus.

Mais le petit mousse n'a pas cessé de chanter, à cheval sur le mât d'avant.