Simone sortit de la chambre, très troublée, mais contente d'avoir tout dit. En longeant la galerie vitrée, elle aperçut que la nuit était limpide, et sa pensée s'envola, pleine d'amour, vers le grand'père Guen, vers la mère qui, maintenant, avaient entendu son appel.
XXII
Où vont-ils par la lune sur la mer grande? La barque est de Ploumanac'h, bien sûr. On le reconnaît à son bordage épais, à ses deux mâts courts, à ses voiles brunes trempées dans le tan de chêne. Son large avant se lève à la lame, comme une poitrine de cygne noir. Point de chalut qui traîne, point de ligne à la remorque. Un enfant chante, à cheval sur le beaupré. C'est le mousse Yvon Le Dû, que sa mère a prêté. Le vieux Guen est assis au milieu, sur le banc que traverse le mât. Il a mis son casque de toile, la visière baissée, pour mieux voir dans la nuit. Et Sullian gouverne, habillé comme pour une promenade, à demi couché à l'arrière et songeant.
Il y a déjà un peu de temps qu'ils sont partis, car aucune terre n'est en vue. Les houles, à l'infini, ont des lueurs d'argent sur leurs cimes. Les creux sont pleins d'ombre bleue. La lune est claire, là-haut, mais elle penche déjà.
Guen a le cœur en joie. Il a besoin de parler à quelqu'un, comme le petit, là-bas, de chanter aux étoiles. Et, sans bouger, l'œil perdu au large, il dit tranquillement:
—Hein, Sullian! jolie brise: nous l'aurions commandée, qu'elle ne serait pas meilleure.
Le gendre ne répond rien. Il rêve. Il a, dans la pensée, toute l'ivresse du retour, sa jolie Marie-Anne qui l'attendait sur le port, l'air de ravissement qu'elle avait quand elle l'a reconnu: «C'est toi, mon Sullian, c'est toi!» et ses baisers, et la peur d'un moment fondue en longues tendresses.
Ils vont toujours.
Après longtemps, Guen a repris: