—Dites-moi que j'ai bien fait, grand'mère, dites, oh! je vous en prie.
Elle ne répondait rien.
—C'est que, vous ne savez pas, continua l'enfant, ma mère est riche! Elle a beaucoup travaillé. S'il y avait besoin d'argent, pour le moulin,—j'ai cru comprendre cela tantôt,—elle donnerait tout, j'en suis sûre!... Mon père ne partirait pas. Nous serions si heureux, tous ici, ensemble!
Elle avait parlé, ouvrant toute son âme. Elle avait avoué cette chose, la fortune de sa mère, qu'un sentiment de pudeur délicat l'avait empêchée de dire à M. L'Héréec, tout à l'heure, quand elle avait compris que la ruine était complète, et que c'était là le grand obstacle. Et elle attendait, toute frémissante d'émotion, l'arrêt de cette vieille femme qu'elle savait si hostile à madame Corentine, si rude et si entêtée dans ses rancunes.
Madame Jeanne se redressa, et la regarda. Il n'y avait aucune colère dans ses yeux, aucun reproche. Elle avait même l'air de plaindre et d'admirer un peu cette petite que les circonstances avaient mêlée au drame triste de la famille. Mais elle ne répondit pas à l'interrogatoire anxieux de Simone. Elle dit seulement:
—Allez vous reposer, Simone. Je veillerai, de peur qu'il ne parte cette nuit. Je crois, comme vous, qu'il va nous quitter à jamais.
La jeune fille se baissa.
—Grand'mère Jeanne, vous me pardonnez?
Madame Jeanne l'embrassa au front, longuement:
—Bonsoir, mon enfant, dit-elle d'une voix brisée par l'effort. Bonsoir... La vie est bien dure... Laissez-moi.